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Beg-An-Hent-Bras, Roudouallec

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Un blog non officiel sur la commune de Roudouallec (Morbihan - 56   Bretagne)  le passé, le présent, l'imparfait...

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Beg-An-Hent-Bras, Roudouallec

épisode 20 : de nombreux orchestres !

 

 
La concurrence est vive entre les orchestres sud-finistériens, d'autant plus qu'un dernier venu, fraîchement débarqué de la capitale, commence à faire parler de lui: c'est l'orchestre des frères Scouarnec, Albert et François, qui viennent de s'installer à Chateauneuf-du-Faou.

Le plus jeune, François, est un crack de l'accordéon et de plus, il joue d'un instrument finalement pas bien connu encore dans la région: le bandonéon. François s'est adjoint les service d'un excellent saxophoniste d'Elliant, Tintin Jégou; et son orchestre commence à supplanter les autres... Bientôt, il fera venir de Paris un très bon guitariste, Roger Le Fell. Car désormais, la formation "accordéon - saxo - batterie", c'est périmé, passé de mode. Il faut un accompagnateur au trio classique: soit une guitare, qui commence à faire parler d'elle grâce à son électrification; soit un piano. Mais les pianistes,
ça ne court pas les rues!...

Une exception, à Scaër encore: un réfugié espagnol, officier dans l'armée républicaine et chassé de son pays par Franco, qui se nomme Cuadrat-Blanc, vient s'installer comme professeur de musique, le premier dans la région. Pianiste de grande valeur, il fera bien vite partie de l'orchestre "Tourbillon Bleu" et, occasionnellement, louera ses services à d'autres formations.

Par ailleurs, les chefs d'orchestres commencent à réagir: on achète tenues, sono et voitures... Car des orchestres "venus de la ville", comme Elie Tabou de Quimper, ou Serin de Lorient, commencent à rayonner en "campagne"...

 

épisode 21 : du beau linge ! ...

 

 
Oui, la "lutte" est sévère entre les formations orchestrales dignes de ce nom. Les chefs d'orchestres cherchent les meilleurs éléments; surtout les polyvalents, c'est-à-dire ceux qui jouent de plusieurs instruments.

Insistons bien également: on soigne de plus en plus la tenue des musiciens dans l'orchestre: ceux de Jo Jégado ont ainsi fière allure dans leur veste blanche sur pantalon bleu, avec noeud papillon s'il vous plaît... A l'époque, on commence déjà à dire, et avec raison, que la présentation, c'est 50% du succès! Et puis, il faut respecter le public. La bouteille de vin au pied de la chaise du musicien, c'est terminé!

On commence à imprimer des cartes d'orchestre, et même des affichettes avec les noms et les facultés de l'instrumentaliste. Comme à Paris, en somme... Il est vrai que les orchestres parisiens commencent à déferler sur la Bretagne et il faut les imiter, sinon l'on a tôt fait de retomber dans l'anonymat, donc dans le déclin, puis dans l'oubli...

A Glomel, près de Carhaix, des foules énormes viennent à "La Cascade" écouter Yvette Horner, la nouvelle idole de l'accordéon.Après la venue d'Emile Vacher à Gourin en 1947, ce sera Emile Carrara qui animera, et le verbe est facile, le grand bal des Chasseurs, la célèbre équipe de foot-ball à la Salle Jacques... A Rosporden, à la Salle Le Bas, ce seront les "frères Médinger" qui feront danser le populo...

 

épisode 22 : les grands orchestres à la campagne . . .

 

Jacques  Hélian  et  son  Grand  Orchestre
Jacques Hélian et son Grand Orchestre 
Et il en sera ainsi durant toutes les années 50... A Quimper, à Vannes, à Lorient vont se succéder pratiquement toutes les grandes formations de Paris, y compris les plus grands orchestres, dont certains de renommée internationale comme par exemple celui de Jacques Hélian au Pardon de Toulfoën à Scaër en 1959.

En ce qui concerne la danse, il est de notoriété publique que la Bretagne a toujours été dans le peloton de tête. Et il en sera toujours ainsi car le Breton AIME danser.

Un sacré coup de chapeau, en passant, aux nombreux comités des fêtes, aux organisateurs de clubs, qui n'ont pas hésité à faire venir, parfois à grands frais, des orchestres-vedettes dans leurs petits patelins, voire même parfois de simples villages, démontrant ainsi toute leur vitalité.

A cette époque également, sur la côte durant les mois d'été, la "saison" comme on dit, certains tenanciers d'hôtels embauchent un orchestre pour leur clientèle. En général, quatre musiciens font l'affaire: un piano, un saxo/clarinette+violon si possible, un accordéon/bandonéon et un batteur/animateur.
Ah! Quelle ne fut pas l'agréable surprise de Pierre d'apprendre que l'orchestre parisien Stan d'Albonne, qu'il avait admiré et applaudi au Casino de Biarritz en Juillet 1953, venait précisément jouer à la salle Bordier, à Roudouallec, le jour du Pardon, le 15 Août suivant!!! Etonnant, n'est-il pas?...

 

épisode 23 : du cinéma, aussi . . . (et un fusil oublié ! ! !)

 

" Pêcheur d'Islande ", un film de l'année 1933.
" Pêcheur d'Islande ", un film de l'année 1933. 
L'on n'oubliera pas non plus qu'à une certaine époque, celle que nous venons d'évoquer au cours des épisodes qui précèdent, la salle de danse de Soaze et Jos se muait occasionnellement en salle de cinéma !

Un projectionniste venait avec le matériel nécessaire, qu'il installait dans la forge de Jos. Deux ouvertures de forme carrée, d'une vingtaine de centimètres de côté, avaient été découpées à la scie dans la simple porte en bois qui permettait d'accéder directement de la forge à la salle de danse: l'une d'entre elles servait de passage au halo lumineux qui traversait ainsi la salle d'est en ouest et allait s'écraser sur le mur en ciment d'en face, blanc, qui faisait office d'écran. L'autre ouverture était nécessaire au projectionniste pour surveiller
 le bon déroulement des séances.

Une fois, le projecteur avait pris feu ! ! ! Les spectateurs qui assistaient à la séance ont eu la trouille de leur vie ! Ils sont promptement sortis par les fenêtres et les portes... Le cher Jo Bordier se trouvait précisément dans la salle à ce moment précis, m'avait-il souvent raconté ! "J'étais là ! J'étais là ! ", disait Jo.
Mais il n'y a pas eu le moindre blessé, ni le moindre incendie.
A part le projecteur, qui rendit l'âme...

Toujours est-il que Pierre (et bien d'autres ! ) gardera toujours en mémoire le célèbre film sorti en l'année 1933, d'après le roman de Pierre Loti :   " Pêcheur d'Islande "...

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Il convient encore de lire ceci:

Durant la seconde guerre mondiale en général, et l'occupation nazie en particulier, la salle de danse de Soaze et Jos avait été réquisitionnée par les boches pendant plusieurs mois. Ceux-ci y dormaient et s'y "reposaient"... Fort heureusement, bien que bêtes et méchants (pour la plupart), ils n'ont pas brutalisé nos parents
Soaze et Jos.

Une fois, un soldat allemand, ayant l'esprit (???) ailleurs, pose son fusil mitrailleur sur le piano mécanique et, aussi insensé que cela puisse paraître, quitte la salle et "oublie" de reprendre son fusil ! ! !
Un tel oubli est impensable à priori; il y avait assurément une explication à rechercher du côté d'un excès d'alcool... L'allemand était fautif, et personne d'autre; il ne devait s'en prendre qu'à lui-même, d'autant plus qu'il n'était pas le seul dans cet état d'ébriété... Ses compagnons l'étaient aussi plus ou moins. Si bien qu'ils leur fut impossible d'accuser sérieusement la Résistance locale aupès des "supérieurs nazis": le boche a dû "assumer" seul sa faute d'avoir "oublié".

Quid du fusil, alors? . . .
Pierre Bleuzen, membre de la Résistance locale, avait "discrètement" pris ledit fusil et l'avait caché dans un endroit sûr. Si les allemands revoyaient ce fusil, on imagine les conséquences dramatiques que
cela aurait eu ! ! !  Ceci dit, ce fusil a servi...

Et puis la guerre s'est terminée, les allemands sont repartis chez eux. . . Le temps a passé. . .

Durant la deuxième partie des années 50, alors que j'avais (Jacques Bleuzen) une dizaine d'années, mon cher frère Robert m'emmenait fréquemment avec lui dans le grenier de notre "maison neuve", juste en face du bistrot et de la salle de danse, et me montrait un sacré fusil bien sophistiqué, que l'on avait caché entre la toiture de la maison et la cage d'escalier... Robert me disait que ce fusil, c'était un boche qui l'avait oublié dans notre salle de danse pendant la guerre....

Un jour, Robert l'a pris et l'a emporté. Sans doute m'a-t-il dit ce qu'il comptait en faire?... Mais je dois avouer que je ne m'en souviens plus.

 

épisode 24 : la fin du Bal chez Soaze et Jos...

 

 
Alors voilà!

Les lampions de la fête se sont éteints pour toujours. Il y a plus de soixante années déjà que l'on ne danse plus chez Soaze et Jos, à Roudouallec. A l'inverse du piano mécanique, la salle de danse est toujours debout, sur son ossature de fer, un mur en planches d'époque, recouvert de "coltard", et l'autre, refait en briques de ciment. Le toit lui-aussi a dû être réparé plusieurs fois, certaines grandes ardoises s'étant déplacées avec le temps qui passe, le temps qu'il fait et les intempéries. L'estrade, qui a reçu tant et tant de pionniers du piano à bretelles est, elle-aussi, toujours debout, plaquée dans un angle intérieur de la salle et soutenue vaille que vaille par ses deux pieds en bois. Dessus, l'on y range nombre de caisses et autres emballages qui finiront peut-être aux ordures un jour...

La salle de danse aujourd'hui sert d'entrepôt à quelques caisses et autres objets de toutes sortes. Il y a peu de temps encore, l'on pouvait distinguer sur le mur "est" de la salle un grand "tableau" d'une surface de deux mètres carrés environ, peint à même les planches du mur, et à la main, par un Parisien qui venait en vacances dans la commune de Roudouallec, Monsieur Michel Monnier, tableau représentant un paysage verdoyant de Roudouallec.

Sur les cinq garçons qu'ont eus Soaze et Jos, seulement deux ont choisi de rester vivre à Roudouallec. Mais les familles se voient souvent,
 malgré un éloignement relatif.

Jos n'est plus de ce monde, emporté rapidement par un cancer le 26 Novembre 1978, à l'âge de 78 ans. Soaze avait continué à tenir son bistrot jusqu'au 31 Décembre 1992. Elle était alors âgée de 86 ans!... Après quelques années de retraite paisible dans sa maison, à Beg-An-Hent-Bras (route de Gourin), Soaze, notre Maman Adorée, s'est éteinte chez elle le Dimanche 22 Août 1999.

La maison, de même que la salle de danse, ont été vendues après le décès de Maman. Pour moi, c'est un véritable crève-coeur que de devoir passer devant ces lieux qui nous ont vus naître, et où habitent à présent d'autres personnes.

Adieu pour toujours, petit bistrot de notre enfance, "royaume" de Maman, petite salle de danse où l'on a tant virevolté, petite forge où résonnent encore les coups de marteaux de Papa! Puissent notre mémoire et nos souvenirs durer longtemps, longtemps, longtemps.......

                                              Jacques Bleuzen.