Beg-An-Hent-Bras, Roudouallec
épisode 5 : Nênêne, les petits diables et l'increvable Pér . . .
. . . . . . . notre chère Nênêne . . . . . . . |
>>> La grand-mère paternelle de Pierre, Louise Le Bras-Bleuzen, était alors un peu âgée et fatiguée; elle ne pouvait donc venir donner un coup de main à son fils Jos et sa belle-fille Marie-Françoise, Soaze, lors des soirées de bal. Par contre, la grand-mère maternelle de petit Pierre, Marie-Anne Jamet-Kervran, dite Nênêne, la maman de Soaze, habitait juste en face du bistrot de sa fille et de son beau-fils Joseph Bleuzen et ne manquait pas de prêter main forte à sa fille lorsque celle-ci le lui demandait.
>>> Nênêne aimait la musique et ne refusait jamais une bonne gavotte; d'ailleurs, elle avait la réputation d'en être l'une des meilleures danseuses du coin. Mais en l'occurrence, Nênêne ne dansait pas! Une autre tache l'attendait, et non des moindres: mettre les petits au lit, pendant que les parents s'occupaient du bistrot et des danseurs!
>>> Pierre, Marcel, Robert et Jojo (moi, Jacques, je naîtrai plus tard, le 17 décembre 1949), frétillaient irrésistiblement lorsque les notes de musique montaient jusque dans leur chambre, et tel des petits moustiques collés à une source lumineuse, plaquaient leurs jolis visages aux carreaux de la fenêtre de la chambre dans laquelle ils dormaient et qui "donnait" d'en haut sur la piste de danse d'en bas! Nênêne les couchait, descendait, regardait d'en bas cette fenêtre du haut, remontait recoucher les petits qui s'étaient relevés aussitôt leur grand-mère descendue... Et ainsi de suite...
>>> Ce soir-là, après plusieurs tentatives vaines, Grand-Mère réussit tout de même à coucher les enfants de Soaze et de Jos, en leur racontant en Breton bien sûr des histoires de brigands ainsi que les aventures de Chann et de Yann... Mais sitôt descendue dans le bistrot aider à servir, pschttt!!!.... les voilà encore hors du lit, en chemise, le nez de nouveau collé à la vitre de la fenêtre donnant sur la salle de danse: un balcon, en quelque sorte, qui permettait de voir tout le spectacle... Prise de doute, Nênêne remonte vérifier, un quart d'heure après, un balai de genêt à la main, si la marmaille dort... Ah oui mais... au grincement du prêne de la porte de la chambre, les petites fusées plongent dans les draps et font semblant de dormir... pour recommencer aussitôt Nênêne descendue une énième fois...
>>> Et pendant ce temps, Pér Mongn', infatigable, continue à faire tourner les couples. Le "one-step" est à la mode: avant d'être capitaine; avoir un bon copain; ça, c'est Paris; la fille du bédouin; c'est pour mon papa, etc...
Après la marche, une valse: si petite; sous les toits de Paris; parlez-moi d'amour, etc...
Les premiers "paso-doble": Valencia; mandarines... sont un peu écorchés par Pér, mais ça passe quand même, comme au rugby entre les poteaux. "Et puis, se dit Pér, la clientèle est ignorante en musique et ne connaît pas les morceaux!..." Ce qui, entre nous, est vrai!
Des tangos, aussi, très très à la mode: c'était un musicien, de Tino Rossi; une nuit à Monte-Carlo, de Jean Lumière; le tango des fauvettes, de Berthe Sylva...
>>> Et aussi les javas, les charlestons!... Le rythme est syncopé et Pér s'embrouille encore les pédales. Mais qu'importe! Lorsqu'il a épuisé son répertoire, Pér le recommence... et cela jusqu'au bout de la nuit, dans le bistrot de Soaze et de Jos.
............................... à suivre ..........
>>> Nênêne aimait la musique et ne refusait jamais une bonne gavotte; d'ailleurs, elle avait la réputation d'en être l'une des meilleures danseuses du coin. Mais en l'occurrence, Nênêne ne dansait pas! Une autre tache l'attendait, et non des moindres: mettre les petits au lit, pendant que les parents s'occupaient du bistrot et des danseurs!
>>> Pierre, Marcel, Robert et Jojo (moi, Jacques, je naîtrai plus tard, le 17 décembre 1949), frétillaient irrésistiblement lorsque les notes de musique montaient jusque dans leur chambre, et tel des petits moustiques collés à une source lumineuse, plaquaient leurs jolis visages aux carreaux de la fenêtre de la chambre dans laquelle ils dormaient et qui "donnait" d'en haut sur la piste de danse d'en bas! Nênêne les couchait, descendait, regardait d'en bas cette fenêtre du haut, remontait recoucher les petits qui s'étaient relevés aussitôt leur grand-mère descendue... Et ainsi de suite...
>>> Ce soir-là, après plusieurs tentatives vaines, Grand-Mère réussit tout de même à coucher les enfants de Soaze et de Jos, en leur racontant en Breton bien sûr des histoires de brigands ainsi que les aventures de Chann et de Yann... Mais sitôt descendue dans le bistrot aider à servir, pschttt!!!.... les voilà encore hors du lit, en chemise, le nez de nouveau collé à la vitre de la fenêtre donnant sur la salle de danse: un balcon, en quelque sorte, qui permettait de voir tout le spectacle... Prise de doute, Nênêne remonte vérifier, un quart d'heure après, un balai de genêt à la main, si la marmaille dort... Ah oui mais... au grincement du prêne de la porte de la chambre, les petites fusées plongent dans les draps et font semblant de dormir... pour recommencer aussitôt Nênêne descendue une énième fois...
>>> Et pendant ce temps, Pér Mongn', infatigable, continue à faire tourner les couples. Le "one-step" est à la mode: avant d'être capitaine; avoir un bon copain; ça, c'est Paris; la fille du bédouin; c'est pour mon papa, etc...
Après la marche, une valse: si petite; sous les toits de Paris; parlez-moi d'amour, etc...
Les premiers "paso-doble": Valencia; mandarines... sont un peu écorchés par Pér, mais ça passe quand même, comme au rugby entre les poteaux. "Et puis, se dit Pér, la clientèle est ignorante en musique et ne connaît pas les morceaux!..." Ce qui, entre nous, est vrai!
Des tangos, aussi, très très à la mode: c'était un musicien, de Tino Rossi; une nuit à Monte-Carlo, de Jean Lumière; le tango des fauvettes, de Berthe Sylva...
>>> Et aussi les javas, les charlestons!... Le rythme est syncopé et Pér s'embrouille encore les pédales. Mais qu'importe! Lorsqu'il a épuisé son répertoire, Pér le recommence... et cela jusqu'au bout de la nuit, dans le bistrot de Soaze et de Jos.
............................... à suivre ..........
épisode 6 : de doux dingues . . .
je vous aime de tout mon coeur |


Qui ne connaît pas le cantonnier Jean Ropers, fin saoul, mêo-dal, ivre tous les soirs, qui chante bien fort:
"nous avons gagné la guerre! Mais crois-tu qu'on les a eus?..."
N'oublions pas non plus Laou Boulou, de Spézet, vieux célibataire, qui hoche constamment la tête, sort une bible de sa poche et la lit... à l'envers! Pauvre Laou! Il est malheureusement illétré, il ne savait pas lire... La liste pourrait être bien plus longue, le passé est riche d'aventures de cette veine! Mais le rêve et l'imagination prendront la place des souvenirs...

Pér, exténué mais si heureux, n'aura aucun mal à plonger bien vite dans le sommeil du juste . . . . . . .
......................... à suivre ...................
épisode 7 : le Front Populaire . . .
les ouvriers (Bordeaux) dansent ensemble, de joie populaire... |

De plus, les jeunes filles ne portent plus guère la coiffe, et adoptent la mode de la ville.
Ah, quel "drame" dans la famille de Jos, lorsque Soaze, sa si chère épouse, se met dans l'idée de se faire couper les cheveux!!!.... Devant l'effet ravageur que causeront ces quelques coups de ciseaux dans sa belle et longue chevelure brune, Soaze décidera que plus jamais elle ne recommencerait. Maman tiendra parole jusqu'au bout de sa vie.

A Roudouallec aussi, on commence à parler de "congés payés", de vacances, et hélas d'un certain Adolf Hitler, qui annexe l'Autriche et rôde ses premières divisions blindées en Espagne, où la guerre civile fait rage.

Jobik Saux et son accordéon font danser les jeunes et les moins jeunes dans les salles de la région, en particulier en rase campagne: à Kerbiquet (Gourin) chez Le Dily, à Croas-Loas (Langonnet) chez Saouter. Les chanteurs de rues font leur apparition partout où se rassemble la population de nos bourgades et de nos petites villes.
Un certain Jos Nadan, l'accordéoniste de Querrien (Finistère), flanqué de son saxophoniste Gallic, jouent les derniers succès du moment, accompagnés par une chanteuse s'il vous plaît! Celle-ci, armée d'un porte-voix en zinc, chante les dernières créations de Paris, parfois avec plusieurs mois de retard, mais qu'importe! La chanteuse se tient debout sous un grand parapluie multicolore... Les refrains sont bien vite appris... Tous les badauds rassemblés les reprennent en choeur... On achète les partitions, ces "petits formats" avec paroles et musique, et on les emporte avec soi pour les montrer aux musiciens locaux... Et c'est ainsi que les dernières créations de Maurice Chevalier, Georges Milton, Albert Préjean, Henri Garat, Rina Ketty, Lys Gauty, la Môme Piaf, et du plus célèbre d'entre tous, Tino Rossi, pénètrent dans nos petits bourgs et dans nos campagnes.
........................à suivre.........................................
épisode 8 : de nouveaux instruments de musique . . .
un accordéon d'époque "1936". Mieux que "beau" !!! |


Le banjo est également de plus en plus à la mode; comme chacun sait, il s'agit d'un instrument de la famille du luth, à caisse ronde, dont la table d'harmonie est formée d'une membrane. Le banjo est l'instrument idéal pour jouer les frénétiques danses que sont les charlestons!
A Scaër, pépinière de musiciens, un certain Jos Daëron a fabriqué de ses propres mains un énorme banjo alto, avec une grande bassinoire en cuivre! Vous savez bien, celles qui servaient autrefois à nos chères grands-mères pour cuire de si bonnes confitures!... Eh bien, la résonnance de ce gigantesque banjo de Jos Daëron est sensationnelle!!! Et l'ami Jos le Scaërois sera imité par les autres musiciens des alentours...

"C'était un musicien qui jouait dans une boîte de nuit
Et les plus jolies femmes venaient s'asseoir autour de lui
Son jeu câlin, vibrant, vainqueur
Connaissait le chemin des coeurs.
C'était un musicien qui jouait dans une boîte de nuit
Jusqu'aux lueurs de l'aube il berçait les amoures d'autrui
Et puis, et puis, ce fut vraiment son tour,
Un beau soir ce fut lui qui fut aimé d'amour..."
(Schwarz - Falk) Tino Rossi en 1934.
.......................à suivre.................................. ..............à suivre...............................................
épisode 9 : dansez, jouez, embrassez qui vous voulez ! . . .
eh oui ! c'est vraiment un billard russe. nous en avions un comme ça! |

Eh bien à cette époque des années 30, le one-step, la marche, sont toujours à la mode. Le one-step, "un pas" en langue anglaise, est une danse qui nous est arrivée d'Amérique et qui est en vogue depuis la fin de la première guerre mondiale. On n'a pas oublié la fameuse chanson interprétée par Mistinguett, et que l'on pouvait faire jouer et jouer encore dans le piano mécanique de Soaze et Jos: "on m'suit..."
En outre, on a installé chez Soaze et Jos le dernier jeu à la mode: le billard russe, variante du billard "tout court", qui se pratique avec plusieurs boules, dont une blanche, que l'on pousse avec un bâton droit, dit une "queue", sur une table spéciale recouverte d'un tapis velouté. Dans ce même contexte, une chanson, sur un air de marche, fait fureur:
"C'est l'billard à trou, trou, trou...
Trou, trou, trou...
On pousse la boule avec une queue
Dans l'trou, trou, trou
Du milieu..."
(auteurs et interprète inconnus)Honni soit qui mal y pense!

Deux compositeurs sont la coqueluche des chanteurs et des chanteuses: Charlys, et sa célèbre "valse des yeux noirs", si joliment chantée par l'inoubliable Berthe Sylva; également sa non moins célèbre "quand on s'aime bien tous les deux" :
"Quand on s'aime bien tous les deux,
La vie semble plus jolie,
Toutes les peines s'oublient
Dans un doux baisers d'amoureux.
Sur la terre pour être heureux,
Il suffit de peu de choses,
on oublie les jours moroses
Quand on s'aime bien tous les deux."
Le deuxième, c'est Vincent Scotto, l'irremplaçable Vincent Scotto, dont les tangos, surtout chantés par Tino Rossi, font se pâmer jolies filles et belles dames." Si tu veux durer, disait Vincent Scotto à Tino Rossi, chante toujours l'amour. A défaut de le vivre, les femmes auront toujours besoin qu'on le leur chante."
Par ailleurs, des danses nouvelles font fureur: la rumba, cette danse cubaine caractérisée par un déhanchement latéral alterné; la biguine, venant des Antilles, danse dans laquelle le balancement des hanches s'oppose à l'immobilité des épaules; et la conga, autre danse d'origine cubaine, exécutée sur une musique à quatre temps.

"Je revois les grands sombreros et les mantilles,
J'entends les airs de fandangos et séguedilles
Que chantent les señoritas si brunes
Quand luit sur la plazza la lune..."
(Vaissade - Chanty) Rina Ketty, Mars 1938.
......................................... à suivre .........................................................